Dimanche, 26 avril 2026
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    Six mythes sur les athlètes trans — démystifiés

    Le 13 janvier 2026, la Cour suprême des États-Unis a entendu les plaidoiries dans deux dossiers susceptibles de déterminer la légalité de lois interdisant à des élèves trans de participer à des compétitions sportives scolaires — notamment en Idaho et en Virginie-Occidentale. Plusieurs arguments invoqués pour défendre ces interdictions reposent sur des idées reçues au sujet des capacités physiques. Voici quelques-unes des affirmations les plus courantes pour bannir les femmes trans du sport — et pourquoi elles ne tiennent pas la route.

    Mythe 1
    « Les équipes sont séparées selon le sexe parce que les garçons sont meilleurs que les filles en sport »
    C’est faux pour plusieurs raisons, et cette idée s’enracine dans des conceptions misogynes anciennes, où l’on percevait les femmes comme naturellement faibles ou fragiles. Même si l’on retrouve des traces d’activités sportives séparées par sexe dès l’Antiquité, l’exclusion des femmes du sport a longtemps été alimentée par des normes sociales et des préjugés, notamment au XIXᵉ siècle. Progressivement, certaines pratiques (comme le tennis ou le golf) ont été tolérées dans des milieux favorisés, puis les femmes ont dû lutter pour accéder à la compétition. Au début du XXᵉ siècle, des catégories féminines ont aussi été créées — souvent au motif que les femmes « envahissaient » des espaces masculins. En somme, la séparation des catégories a perduré en partie par tradition, mais aussi pour préserver des occasions de compétition pour différents groupes. L’enjeu n’est pas uniquement « biologique » : des facteurs structurels (financement, accès, reconnaissance, écarts de rémunération, etc.) influencent aussi profondément les trajectoires sportives. Enfin, ces catégories ne sont pas « naturelles » ni immuables : le débat autour de leur pertinence et de leurs critères évolue, et les controverses touchent aussi des athlètes cisgenres, comme on l’a vu dans certains cas médiatisés autour de l’éligibilité dans la catégorie féminine.

    Mythe 2
    « Les femmes trans volent des opportunités aux femmes cisgenres »
    Cet argument comporte deux problèmes majeurs. D’abord, les femmes trans sont très peu nombreuses dans le sport compétitif, et il est rare de les voir dominer systématiquement les classements au plus haut niveau. Ensuite, les femmes trans sont des femmes : elles méritent d’avoir accès à la compétition au même titre que leurs homologues cisgenres. Ce qui retire concrètement des occasions de participer aux femmes — trans comme cis — ce sont surtout les règles et les interdictions imposées par certaines fédérations nationales et internationales.

    Mythe 3
    « Exclure les femmes trans du sport féminin, ce n’est pas transphobe : ce n’est “qu’un jeu” »
    Cette idée est très répandue, notamment parce qu’on présente parfois le sport comme un simple divertissement, séparé de la « vraie vie ». Cela rend l’exclusion plus facile à justifier, comme si ses conséquences étaient mineures. Or, le sport n’est pas un îlot à part : c’est un fait social majeur, un espace de visibilité, d’appartenance, d’épanouissement et d’accès à des ressources (bourses, réseaux, mobilité sociale, etc.). Et c’est aussi une industrie mondiale considérable : un rapport de Kearney estime par exemple que le marché mondial du sport devait atteindre environ 417 milliards $US en 2025.  Le sport façonne aussi les imaginaires collectifs et peut amplifier des tensions sociales. L’exemple souvent cité est la « guerre du football » de 1969 entre le Salvador et le Honduras (aussi appelée la « guerre de 100 heures »), où des tensions politiques et sociales déjà présentes ont été attisées dans un contexte de rivalité sportive; le conflit a éclaté le 14 juillet 1969 et un cessez-le-feu a été négocié le 18 juillet.  Refuser à des personnes trans le droit de jouer, c’est donc refuser l’accès à une sphère importante de la vie sociale.

    Mythe 4
    « Les femmes trans blessent les femmes cis et représentent un danger »
    Cet argument revient fréquemment dans les discours les plus hostiles aux personnes trans, souvent pour les dépeindre comme une menace généralisée. On cite souvent le cas de Payton McNabb, une joueuse de volleyball au secondaire qui a affirmé avoir été gravement blessée lors d’un match en 2022 contre une équipe comptant une athlète trans; son récit a ensuite circulé dans l’espace médiatique et militant. Mais une anecdote, même médiatisée, ne suffit pas à établir une tendance générale. Les blessures sont malheureusement fréquentes dans de nombreux sports, et rien ne démontre, de façon probante, que les femmes trans seraient intrinsèquement plus dangereuses ou plus susceptibles de blesser que des adversaires cisgenres.

    Mythe 5
    « Les interdictions sont acceptables parce qu’il n’y a presque pas d’athlètes trans »
    Cet argument a été avancé jusque devant la Cour suprême américaine : puisqu’il y aurait très peu d’athlètes trans parmi les étudiant·es-athlètes, certaines interdictions seraient, selon ses défenseurs, faciles à justifier. Or, le raisonnement peut se retourner : si le nombre est si faible, pourquoi déployer un appareil législatif et une surveillance publique aussi intense contre un si petit groupe? Dans des témoignages relayés publiquement, on a notamment affirmé que, parmi plus de 500 000 athlètes étudiant·es, il y en aurait moins de 10 qui seraient trans. Des organisations de défense des droits, comme l’ACLU, soutiennent d’ailleurs que le niveau de stigmatisation et d’exposition médiatique imposé à ces jeunes dépasse largement tout « risque » allégué.

    Mythe 6
    « Les femmes trans ont un avantage inné et immuable sur les femmes cisgenres »
    C’est l’argument central : la plupart des justifications d’interdiction reposent sur l’idée que, parce qu’elles ont été assignées garçons à la naissance (AGAB), les femmes trans auraient un avantage « naturel » permanent. Problème logique : si un avantage sous-jacent et déterminant existait, à entraînement égal, on s’attendrait à ce que les meilleures athlètes du sport féminin soient massivement des femmes trans. Ce n’est pas ce qu’on observe. De plus, des données récentes vont parfois dans le sens inverse. Une étude de 2024 soutenue (en partie) par le Comité international olympique a conclu que l’hormonothérapie féminisante pouvait, à plusieurs égards, désavantager des femmes trans dans certaines mesures de performance, notamment sur le plan cardiovasculaire. En 2020, l’endocrinologue Joshua D. Safer rappelait aussi que la génétique — par exemple les chromosomes sexuels — constitue un mauvais indicateur de performance sportive, et qu’il n’existe pas de raison intrinsèque de traiter les caractéristiques physiologiques pertinentes d’une femme trans différemment de celles d’une femme non trans (dans un cadre d’évaluation sportive).  Enfin, les fondements misogynes de cet argument apparaissent avec encore plus d’évidence lorsque des femmes trans sont exclues de disciplines peu ou pas physiques (comme les échecs ou le snooker), où l’on invoque parfois des stéréotypes sur des « cerveaux câblés différemment ».

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