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    “LETTRES À MISSY” et “LETTRES À YVES” : CORRESPONDANCES

    On ne présente plus Colette (1873-1954), dont le vrai nom est Sidonie Gabrielle. Elle réussit à devenir écrivaine à force de patience, et son œuvre, qui épousera les moments d’une vie bien remplie, dépeint tout à la fois l’âme féminine et une nature familière et hédoniste. 

    Colette conquit un style malgré des débuts difficiles qui l’effaçaient: c’est son mari, Henry Gauthier-Villars, dit Willy, qui signe officiellement ses premiers livres. D’ailleurs, c’est au moment de sa rupture avec lui qu’elle s’attache à Missy, surnom de Mathilde de Morny, quatrième enfant du duc de Morny.

    Quand elle la rencontre, Colette est pauvre et doit se produire sur scène, se dénudant dans des pantomimes, des mimodrames et des comédies. C’est dans une des ces pantomimes, montée en 1907 par Missy, Rêve d’Égypte, qui provoque un tel scandale qu’on l’interdit, que Colette, alors désemparée, décide de vivre avec celle qui se faisait appelée Max ou oncle Max. Missy s’habille en homme; cheveux courts, complet veston et souliers trop grands bourrés de papier journal, elle fume le cigare. Elle et Colette vivront durant près de quatre ans un amour saphique qui défraie la chronique d’une Belle Époque pourtant permissive.

    C’est grâce à un collectionneur, Michel Rémy-Bieth, qui les récupéra, que nous pouvons lire Lettres à Missy. Cette correspondance s’échange principalement pendant que Colette fait des tournées en France et en Belgique. C’est chez Missy qu’elle trouve refuge et apaisement. Missy est alors riche; elle sait être généreuse et offrir sa tendresse à la solitaire qu’est sa compagne. Indifférente au sexe et aux tabous qui l’entourent, mais inquiète et nerveuse quant à ses livres, Colette fait de sa chérie une complice; elle en fait surtout une mère de substitution.

    Sa correspondance s’interrompt en 1911, en même temps que sa rencontre avec Henry de Jouvenel, qui deviendra son second mari; elle reprendra en 1931. Dans ce deuxième lot de lettres, on trouve la Colette qui célèbre — comme dans ses livres — les instants privilégiés du quotidien, les bêtes et les fruits, l’écrivaine qui atteint cette plénitude et cette sagesse qui font la force et la saveur de ses écrits. Missy se suicidera en 1944, quelques jours avant la libération de Paris.

    SAINT-LAURENT, MAUVAIS GARÇON / Marie-Dominique Lelièvre

    Autre correspondance, non pas d’un écrivain, mais d’un homme d’affaires riche, très riche, Pierre Bergé. Comme l’écrit Marie-Dominique Lelièvre dans sa biographie, Saint-Laurent, mauvais garçon, c’est lui qui crée la légende Yves Saint-Laurent; il est «l’auteur, l’acteur et le metteur en scène de la mythologie du grand couturier. L’aboyeur aussi», note Lelièvre, pas toujours tendre envers lui.

    Pierre Berger a parfois même surjoué son personnage d’accoucheur du talent YSL. On ne sera pas surpris de voir confirmé ce fait dans Lettres à Yves, une correspondance «posthume» qui s’étale durant les douze mois qui ont suivi le décès, le 1er juin 2008, de l’inventeur du prêt-à-porter. C’est durant cette année que Berger met à l’encan plus de 700 objets d’art qui peuplaient leurs appartements. Ces lettres sans chichis disent son admiration pour le talent immense de Saint-Laurent, mais aussi ses récriminations et ses reproches, dont quelques-uns peuvent s’adresser à lui.

    LETTRES À YVES / Pierre Bergé

    On n’y trouvera nulle anecdote, rien qui puisse faire scandale, seulement le portrait rapide d’un artiste timide, torturé, solitaire, qui pendant presque les vingt dernières années de sa vie a bu et s’est tant drogué que sa santé en sera affectée durablement, le rendant de plus en plus névrosé. Ayant vécu cinquante ans auprès du couturier, l’homme d’affaires effleure toutes les époques, ce qui ne fait pas de sa correspondance une référence biographique précise.

    Manière de replacer la vérité sur un être secret, ces lettres sont tout autant la trace du deuil à faire qu’un témoignage intime. Un dernier adieu de celui qui était un chêne pour le roseau qu’était Yves Saint-Laurent.


    LETTRES À MISSY / Colette, texte établi et présenté par Samia Bordji
    et Frédéric Maget. Paris: Flammarion, 2009. 313p.

    LETTRES À YVES / Pierre Bergé. Paris: Gallimard, 2010. 108p.

    SAINT-LAURENT, MAUVAIS GARÇON / Marie-Dominique Lelièvre. Paris: Flammarion, 2010. 319p.

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