Samedi, 24 septembre 2022
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    Greta et Nina : “Un renoncement” de René de Ceccaty / “Nina Simone” de Gilles Leroy

    Deux biographies, une vraie et une inventée, sur deux stars qui ont fait rêver les gens du monde entier.

    La première, Greta Garbo, fut synonyme de beauté, une créature somptueuse dont on peut dire que son existence apparaît fort superficielle après la lecture d’Un renoncement de René de Ceccaty, qui s’est attardé sur ses cinquante dernières années.

    Après l’arrêt de la production La Duchesse de Langeais, qu’elle devait tourner huit ans après La femme aux deux visages (1941) de Georges Cukor, Garbo renonce au cinéma, à ses pompes et à ses œuvres. Elle partagera sa vie entre New York, la côte Ouest (où elle loue des propriétés à un prix scandaleusement cher) et de nombreux voyages en Europe.

    Elle est immensément riche, l’argent est bien la seule et dernière preuve tangible de son lien avec ce cinéma des studios où elle fut une vedette internationalement connue et adorée, et le demeura même après son retrait des fastes hollywoodiens. L’annulation du tournage de son dernier film signe, selon l’auteur, un échec, échec qu’on peut probablement appliquer à sa vie entière.

    Cette diva se sent peu concernée par le cinéma; ne l’aime probablement pas; ne croit peut-être même pas en son talent. Elle se moque des studios (elle déteste le producteur Louis B. Mayer, de la MGM); elle échappe aux diktats des agents du département de presse qui veillent scrupuleusement et implacablement sur la vie des artistes et de leurs amours. Elle méprise les gens qui l’entourent, dont ses réalisateurs, qui lui ont pourtant laissé la bride sur le coup.

    Ses relations amoureuses, si tant est qu’on puisse parler d’amour, sont ambiguës; on ne sait pas si elle est hétérosexuelle ou homosexuelle, ou les deux comme Marlene Dietrich sa rivale, qu’elle ignorera superbement. Entourée d’homosexuels des deux sexes, dont le célèbre photographe des royautés et des vedettes, Cecil Beaton, elle ne se sert pas de sa carrière et de son image pour avoir amants et maîtresses; on ne sait même pas si elle en a eus. Sa vie sentimentale semble être d’un calme absolu; elle n’est probablement jamais tombée amoureuse. Ou, si elle a été amoureuse, ce fut avec le réalisateur suédois Mauritz Stiller; la relation avec cet homosexuel, qui a été son pygmalion, a été profonde.

    Elle est froide; son visage en public est de marbre, que seuls des éclats de rire intempestifs font craquer; sa beauté, qui se fane, la préoccupe moins que sa garde-robe. Elle résiste à tout, aux lois draconiennes des studios comme aux volontés de son entourage. Elle en veut à tous d’être visible, n’ayant véritablement pas le désir de faire du cinéma. Elle interprète des rôles qu’elle hait; ses rôles envahissent toutefois sa vie. Sa renommée la paralyse.

    Chez elle, le secret règne. On imagine donc, et le biographe lui-même l’affirme, qu’écrire la vie de Greta Garbo relève de suppositions et de questions tant les témoignages sont douteux, les reportages, suspects, et les publicités sur elle, trompeuses, pour ne pas dire fausses. On n’en aura jamais fini avec ce qui fut un mythe et le restera. On ne peut que le rêver et, d’une certaine façon, c’est ce qu’a fait René de Ceccaty, menant rondement sa biographie par recoupements et répétitions. Comme dans un roman, il en varie les points de vue avec beaucoup de perspicacité, et tant qu’on en retire l’impression que la vie de Greta Garbo, bâtie sur du vide, fut vide.

    Nina Simone: roman / Gilles Leroy

    La personnalité de Nina Simone, chanteuse populaire comme elle aimait le dire (elle refusait qu’on parle de jazz en son cas), est tout le contraire de Greta Garbo. Sa vie fut capricieuse et excessive, ce que Gilles Leroy a très bien compris; il a décidé d’en faire un personnage mi-fictif mi-réel, clôturant à sa manière, toute de sensibilité, sa trilogie américaine qui comprenait déjà Alabama Song et Zola Jackson

    Nina Simone, roman, recompose la vie tumultueuse de cette chanteuse née Eunice Kathleen Waymon, personne engagée entièrement tant sur le plan des sentiments que sur celui de la politique. Sa vie est celle d’une femme blessée, courageuse et lucide. Une vie pathétique et riche. Une vie devenue une sorte de vengeance contre l’humiliation et les offenses qu’elle a subies – comme tous les Noirs l’ont subies aussi. Une vie sentimentale qui fut un ratage complet. Une vie professionnelle réussie pour celle qui avait l’oreille absolue et fut l’amie des stars et des écrivains (comme James Baldwin).

    C’est au cours d’un séjour dans une maison du sud de la France qu’elle se confie à son nouveau serviteur d’origine philippine, Ricardo. Ce dernier apprend à l’écouter, à répondre à ses besoins pressants (en particulier, de champagne, de bourbon et de cigarettes), surpris par les us et coutumes des artistes, agents et financiers qui l’entourent (comme ce Kid Harry, homosexuel qui couche avec tout ce qu’il rencontre). Elle fut une femme révoltée, peut-on conclure en fermant ce roman complexe et émouvant, comme tout ce qu’écrit Gilles Leroy 

    P.-S. : De René de Ceccaty, on lira son roman, Raphaël et Raphaël (Flammarion), sorti en même temps qu’Un renoncement, où il poursuit une œuvre fortement autobiographique, qui est sa manière de panser ses blessures de cœur.

    Un renoncement / René de Ceccaty. Paris: Flammarion, 2013. 447p.

    Nina Simone: roman / Gilles Leroy. Paris: Mercure de France, 2013. 270p.

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