Mercredi, 28 septembre 2022
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    Il y a quarante ans… : “PASOLINI, MASSACRO DI UN POETA” de Simona Zecchi / “LA PISTE PASOLINI” de Pierre Adrian / “QUI SUIS-JE. PORTE DELLA CENERI” de Pier Paolo Pasolini

    Pier Paolo Pasolini est mort assassiné dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975. Cela fera 40 ans et quelques mois que la figure la plus remarquable de l’Italie demeure encore et encore présente, nous questionnant, nous taraudant sans cesse, ne nous laissant jamais en paix dans notre bien-être intellectuel, dans ce monde soumis de plus en plus au pouvoir de l’argent et d’une élite inculte. 

    S’identifiant comme chrétien-marxiste-homosexuel, PPP ne pouvait que faire tache, que faire scandale dans un pays qui restait sur le plan des mœurs conventionnel et politiquement troublé entre les attentats des groupuscules nazis et des organisations d’extrême gauche. C’était les années de plomb. La dolce vita avait été remplacée par la violence. 

    Pour commémorer cette disparition, d’innombrables essais consacrés à Pasolini ont paru. Est sorti du lot, en Italie, Pasolini, massacro di un poeta, de Simona Zecchi, une enquête assortie de photos inédites qui va, par son accumulation de faits troublants, à l’encontre de beaucoup d’idées reçues sur cette sinistre affaire. Ainsi, les traces de blessures sur le corps de Pasolini n’ont rien à voir avec l’écrasement d’un corps sous les pneus d’une voiture, ce qui était la thèse officielle ; on ne trouve pas non plus sur la sable de la plage d’Ostie les traces des chaussures de Pino Pilosi, l’assassin présumé de Pasolini.

    On attend avec impatience la traduction française de ce livre qui conclut à un assassinat politique comme, pourtant, l’ont clamé beaucoup d’intellectuels et artistes italiens de l’époque, avec à leur tête Laura Betti. Ce n’était donc pas un crime de mœurs. C’était vraiment un complot commandité. 

    PASOLINI, MASSACRO DI UN POETA / Simona Zecchi

    Pier Paolo Pasolini demeure pour beaucoup de gens – comme moi, j’ose ajouter – un maître à penser. On a envie de mettre ses pas dans les siens. C’est ce qu’a fait de manière concrète un jeune auteur français, de 23 ans, Pierre Adrian, avec son livre La piste Pasolini. Il s’est rendu en Italie et a visité les lieux où a vécu PPP. Il nous invite à lire son itinéraire à la fois documentaire et réflexif. Il veut voir de ses yeux vus, les endroits que les mots du poète et cinéaste ont frôlés. 

    Cela commence sur la plage sinistre d’Ostie d’un mois de janvier triste. Il n’a rien à faire là, se dit Pierre Adrian, et il continue son périple en se rendant dans le Frioul, dans le village de Carsasa en particulier où le jeune Pier Paolo est demeuré dix ans. Adrian cherche les gens qui ont côtoyé Pasolini. Ainsi rencontre-t-il à Trévise une personne importante en la personne du cousin et biographe Nico Naldini (Pasolini, une vie, Gallimard, 1991). Et Carco di Carco, l’assistant de Pasolini sur ses films.

    Avec ces deux hommes, comme avec Andrea, Angela, Luigi, Davide et les autres, le jeune Français veut rendre concrète pour lui la personne Pasolini. Il se rend alors dans les cafés, les églises, sur les places, dans le quartier romain où il a vécu, dans Via Eufrate, etc. Si l’écrivain et  cinéaste n’était pas mort à 53 ans que ferait-il, où serait-il, en exil ou serait-il retourné dans son Frioul natal ? « Il serait toujours en première ligne », affirme Carlo di Carlo.

    Sa vie et son parcours intellectuel se déroulent ainsi au fil des pages, avec leurs éclats de fureur et de tendresse comme dans leurs contradictions. Adrian cherche une vérité, celle de Pasolini comme de la sienne, angoisse et foi pareilles (Adrian se définit comme chrétien). Sensible, passionné, simple et direct, il veut tirer de son voyage, qui est souvent cafardeux, une leçon de vie. 

    QUI SUIS-JE. PORTE DELLA CENERI / Pier Paolo Pasolini

    On pourra compléter la lecture de La piste Pasolini par le long poème que PPP a écrit entre 1967 et 1968 alors qu’il est au faîte de sa gloire. Qui suis-je est une autobiographie versifiée, à la fois descriptive et raisonnée, dans laquelle l’écrivain évoque son enfance, son rapport avec les mythes, avec le cinéma, avec les luttes d’un pays qu’il ne peut plus aimer.

    Dans ce document précieux (le texte a été retrouvé dans ses papiers après sa mort), on sent parfois que Pasolini veut se retirer du monde, ne rien faire que vivre, sans toujours s’engager soit dans l’écriture, soit dans les luttes sociales et idéologiques, qui ne débouchent d’ailleurs que sur des procès injustes et injustifiés. Il a 44 ans. Il ne lui reste plus que neuf ans à vivre dans « les actions de la réalité ». 

    PASOLINI, MASSACRO DI UN POETA / Simona Zecchi. Milano: Ponte alle Grazie, 2015. 319p.

    LA PISTE PASOLINI / Pierre Adrian. Paris: Équateurs, 2015, 191p. (coll. : Littérature)

    QUI SUIS-JE. PORTE DELLA CENERI / Pier Paolo Pasolini, traduit de l’italien et présenté par Jean-Pierre Milelli, Nouvelle édition revue par Graziella Chiarcossi. Paris: Arléa, 2015. 45p.

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