Vendredi, 21 juin 2024
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    Lili Reynaud-Dewar : que tout ce qui précède soit le soleil

    Le travail de l’artiste française Lili Reynaud-Dewar est présenté jusqu’au 17 septembre au Musée d’art contemporain (dans ses installations à la Place Ville-Marie). Il est difficile de classer l’œuvre de Lili Reynaud-Dewar, tant elle intègre dans sa création différents champs artistiques, la danse, la vidéo, les installations, tant elle est aussi partie intégrante de sa démarche en se représentant elle-même comme objet de recherche artistique. L’exposition intituléeI Want All of the Above to Be the Sun [Je veux que tout ce qui précède soit le soleil] présente des œuvres emblématiques de l’artiste, mais aussi des productions récentes.

    Danseuse, plasticienne, vidéographe, Lili Reynaud-Dewar ne peut être étiquetée dans l’une ou l’autre de ces catégories, qui sont chacune intrinsèquement liées à sa démarche artistique. D’où ses performances de danse autour de ses installations et de ses sculptures, qui sont également filmées, puis présentées lors de nouvelles expositions. Une démarche qui s’inscrit dans le mouvement, dans la continuité, comme s’il n’y avait ni début ni fin. Son travail ne peut alors s’appréhender que dans ce déroulement temporel, qui perdrait tout son sens dans l’isolement d’une seule de ses créations.

    Lili Reynaud-Dewar tient aussi à ce que les artistes — tous genres confondus — qui l’ont inspirée émergent à travers sa pratique, comme Pier Paolo Pasolini, pour lequel elle a une fascination aussi bien pour sa vie que pour son œuvre.

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    Quels sont les différents corpus des travaux que tu as choisi de présenter ?
    Lili Reynaud-Dewar : Nous montrons trois corpus de pièces. Tout d’abord, une installation un peu chorale où toustes les ami.e.s et la famille ont participé et parmi lesquel.le.s deux jouent le rôle de Pasolini et de son jeune amant ; ensuite des sculptures de moi dans des postures du quotidien, quelque chose qui se développe de façon saisonnière, c’est moi à différents moments de ma vie, c’est un projet qui se développe depuis 10 ans ; puis enfin, pour le troisième corpus, des vidéos de danse dont la première date de 2013. Cela marque des étapes de ma vie, car je tourne toujours dans les lieux où je travaille, cela me permet d’écrire ma propre histoire. On va donc voir le passage du temps sur mon corps, puisque je danse dans ces vidéos, et donc c’est la première fois que je regroupe ces films et qu’ils sont présentés en même temps. J’avoue que cela m’intimide parce qu’il y a, comme je le disais, le passage du temps […], je me retrouve face à moi-même tout le temps en train de danser nue sur plusieurs écrans, mais je suis très contente de faire cela.

    À ces vidéos va s’ajouter celle que je viens juste de tourner à Montréal dans le MAC en travaux, à la Place des Arts, et qui sera intégrée à l’expo, tout comme il y aura une nouvelle sculpture de moi, qui s’ajoutera à celles présentées. En fait, je veux montrer la continuité de mon processus de travail, c’est comme un journal intime dévoilé.

    Tu danses nue, recouverte de peinture, tu explores des avenues qui sont peu conformes à ce que présentent généralement les institutions muséales, tes prises de position s’opposent à tout art institutionnel… Comment vis-tu cette contradiction, alors que tu exposes souvent et que tu es invitée dans des musées ?
    Lili Reynaud-Dewar : La relation avec l’institution, je la vois toujours comme un conflit. J’ai déjà écrit un texte là-dessus qui s’appelle « Danse conflictuelle », qui regarde le travail d’autres artistes, parce que je ne travaille jamais seule, parce qu’il y a des précédents, des figures qui m’ont influencée. Mes vidéos sont toujours l’exposition d’un conflit avec la norme.

    Si l’on prend le concept aujourd’hui du White Cube (ou cube blanc, qui est un type d’espace d’exposition privilégié aujourd’hui par les musées et les galeries et qui se présente sous la forme de murs et de plafonds blancs, sans fenêtres, la lumière blanche venant aussi du plafond — un style qui s’est développé à partir des années 70) mis de l’avant par de nombreux artistes, je le trouve hypernormartif. Il n’y a pas de mouvement, il n’y pas vraiment de représentation d’identités marginalisées. J’avais envie de venir un peu salir ce concept-là. Quand je fais des vidéos dans des lieux institutionnels en France, on me demande surtout de ne pas salir les œuvres avec mon corps maquillé.

    Je trouve aussi intéressant d’intégrer le texte, je fais un usage forcené de la littérature, il y a beaucoup de citations, je suis même très bavarde. (Rires.) Pasolini, j’en parle tout le temps, et là c’est l’inverse : les vidéos sont complètement silencieuses.

    Et enfin la dernière chose qui m’anime, sans être sure d’y parvenir tout à fait : comment envisager la production artistique de façon sociologique?

    Dans les musées, il y a toute une mise en scène qui dit beaucoup — l’éclairage, les textes pour guider les visiteurs et visiteuses —, tout un scénario parfaitement écrit qui peut être aliénant pour certaines personnes. J’essaie de montrer des aspects que lon ne remarque pas dans ces lieux habituellement, je montre les bureaux, les lieux de stockage, des détails, comme les extincteurs, les tabourets sur lesquels les gardiens et gardiennes de musée s’assoient, tous les instruments qui sont mis en place pour guider les visiteurs et visiteuses vers la billetterie, puis pour guider leur chemin dans lexposition. Cela me permet aussi de montrer que l’art n’est pas quelque chose de magique, sortie de la tête d’un génie, mais que cest tout un ensemble de procédures qui permettent la production d’œuvres. J’essaie d’archiver tout cela et de le rendre visible.

    Je pense que ce qui mintéresse à long terme cest aussi de m’impliquer comme sujet sociologique en tant qu’artiste. C’est très ambitieux. (Rires.

    CRÉDIT PHOTO: LILI REYNAUD-DEWAR, Sans Titre (Hiver 2022), 2022. Collection du Musée d’Art contemporain de Montréal. Achat, grâce au Symposium des collectyionneurs 2022, Banque Nationale Gestion privée 1859. Photo : avec aimable permission de l’artiste et Layr Vienna

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    Lili Reynaud-Dewar a créé plusieurs sculptures en aluminium tout au long de sa carrière artistique. Ses œuvres sont souvent abstraites et organiques, prenant des formes qui rappellent parfois des parties du corps humain ou des éléments de la nature. Lili Reynaud-Dewar utilise l’aluminium comme matériau pour sa capacité à être modelé et moulé facilement, ainsi que pour sa résistance à la corrosion et sa légèreté. Ses sculptures en aluminium ont été exposées dans des musées et des galeries à travers le monde, notamment à la Biennale de Venise et au MoMAPS1 à New York. Elles témoignent de la capacité de l’artiste à explorer une variété de médias et de techniques pour créer des œuvres qui sont à la fois esthétiquement belles et conceptuellement complexes.

    INFOS | L’exposition Lili Raynaud-Dewar — I Want All of the Above to Be the Sun est présentée jusqu’au 17 septembre 2023, aux installations du MAC à la Place Ville-Marie.
    https://macm.org

     
     

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