Dix ans après un meurtre qui avait bouleversé Israël — et le monde — et marqué durablement les communautés LGBTQ+, la ville de Jérusalem vient d’adopter une décision symbolique : rendre hommage à Shira Banki, l’adolescente de 15 ans assassinée lors de la Marche des fiertés de 2015. Une rue, une place ou un autre lieu du centre-ville devrait bientôt porter son nom.
Le geste peut sembler simple. Pourtant, dans le contexte politique, religieux et social souvent explosif de Jérusalem, il prend une signification particulière.
Un crime qui avait choqué tout un pays
Le 30 juillet 2015, Shira Banki participe à la Marche des fiertés de Jérusalem. Contrairement à beaucoup de participant·e·s, elle venue par solidarité et par conviction en faveur de l’égalité.
Au cœur de la marche, un homme surgit et attaque les participant·e·s au couteau. L’agresseur, Yishaï Schlissel, un extrémiste ultra-orthodoxe, venait d’être libéré de prison trois semaines plus tôt après avoir purgé une peine pour une attaque similaire lors de la Pride… dix ans auparavant.
Son meurtre a provoqué une onde de choc en Israël, où les tensions autour des droits LGBTQ+ se manifestent souvent avec une intensité particulière dans la ville de Jérusalem, haut lieu des religions monothéistes et bastion de courants religieux conservateurs peu enclins à une présence de l’homosexualité dans l’,’espace public.
Mais même ce geste symbolique n’a pas fait l’unanimité.
La motion adoptée dimanche par la municipalité vise à immortaliser le nom de Shira Banki dans l’espace public de la ville. Les modalités exactes restent à préciser : certains médias évoquent une rue, d’autres une place située près du lieu de l’attaque, ou encore un autre type de monument commémoratif.
Une commission municipale chargée d’examiner les changements de noms de rues avait recommandé de rejeter la proposition, estimant qu’il serait injuste de distinguer une victime parmi les nombreuses personnes assassinées dans la ville au fil des ans. Malgré cet avis défavorable — et l’opposition de membres ultra-orthodoxes du conseil municipal — la motion a finalement obtenu suffisamment de votes pour être adoptée.
Un résultat qui illustre les tensions persistantes autour de la place des personnes LGBTQ+ dans l’espace public israélien.
La mémoire comme réponse à la haine
Dans son communiqué, la municipalité de Jérusalem souligne que Shira Banki avait participé à la marche «par conviction en faveur des droits de l’homme, de la tolérance et de l’acceptation des autres». Son assassinat, rappelle la ville, avait mis en lumière « les dangers de l’extrémisme et de la haine au sein même d’Israël».
Pour Uri Banki, le père de la jeune fille, la portée publique du meurtre demeure essentielle. Devant la tombe de sa fille, peu après sa mort, la famille avait déjà exprimé cette idée : si la tragédie n’avait suscité qu’une réaction limitée, le désespoir aurait été encore plus profond.
Aujourd’hui, il met en garde contre un climat politique marqué par un discours de plus en plus radicalisé, en Israël comme dans plusieurs démocraties. « Le monde est confronté à un discours passionné et extrémiste qui ne tolère plus la complexité et se contente de slogans », a-t-il déclaré.
L’association Jerusalem Open House for Pride and Tolerance, qui organise chaque année la Marche des fiertés, a salué la décision municipale. Pour l’organisme, inscrire le nom de Shira Banki dans les rues de Jérusalem est un geste profondément symbolique parce que sa mort reste un rappel brutal des dangers auxquels sont exposées les minorités sexuelles lorsque la haine est encouragée ou tolérée.
Dans une ville où la Pride se déroule sous haute sécurité depuis des années, la mémoire de Shira demeure indissociable de l’événement.
L’histoire de Shira Banki rappelle une réalité universelle : les marches de la Fierté sont à la fois des célébrations et des gestes politiques. On oublie parfois qu’elles sont nées de la contestation et qu’elles demeurent, dans plusieurs régions du monde, des événements risqués.
Les attaques contre des événements queer, les débats sur la visibilité LGBTQ+ dans les écoles ou les campagnes de désinformation sur les personnes trans rappellent que les droits acquis ne sont jamais définitivement garantis.

