Mercredi, 18 mai 2022
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    Au Japon, la légalisation du mariage gai avance, mais au ralenti

    Le gouvernement métropolitain de Tokyo a récemment annoncé qu’il allait reconnaître le « certificat d’union » pour les couples de même sexe d’ici à 2023. Un nouveau pas vers la légalisation du mariage gai. Mais si l’opinion publique japonaise y semble prête, les députés conservateurs le sont beaucoup moins.

    Koyuki Higashi, l’actrice et activiste de 36 ans luttant pour les droits des LGBT, se souvient très bien de ce 5 novembre 2015. « La mairie de l’arrondissement de Shibuya (dans le centre-ville de Tokyo, NDLR),allait nous délivrer, pour la première fois dans le pays, un certificat d’union pour moi et ma compagne, raconte-t-elle. Je me rappelle toujours l’euphorie qui m’a saisie lorsque l’agent de la mairie m’a donné le papier. J’ai senti qu’enfin le monde bougeait dans le bon sens.» Higashi et sa compagne sont alors devenues le premier couple de même sexe à être reconnu officiellement par l’état civil au Japon. Même si ce « certificat » n’a pas le statut de « mariage », la jeune femme considère qu’il s’agit déjà d’un progrès.

    Progressivement, plusieurs collectivités territoriales du pays – villes, départements ou arrondissements – ont, à leur tour, légalisé ce certificat d’union, dont le nombre augmente à une vitesse accélérée. Au point que le gouvernement métropolitain de Tokyo vient d’annoncer la reconnaissance de ces unions de même sexe d’ici à 2023. « L’objectif est de réduire les problèmes que rencontrent les homosexuels dans leur vie quotidienne, mais aussi de promouvoir la compréhension des Tokyoïtes sur la diversité sexuelle », a déclaré la célèbre et puissante gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike.

    « Les avantages du certificat restent limités »
    Aux yeux des militants LGBT, la décision du gouvernement de Tokyo est un symbole fort et une avancée majeure.« En octobre 2021, 130 collectivités territoriales, représentant 40 % de la population du pays, avaient déjà sauté le pas, explique Gon Matsunaka, représentant de l’organisation Pride House Tokyo. En y ajoutant Tokyo, cela représentera 50 % de la population totale. D’après Nijiiro Diversity, un autre collectif LGBT, 1 741 couples ont déjà utilisé ce dispositif au niveau national au cours des dernières années.

    Ces avancées restent néanmoins à relativiser. Avec le certificat d’union, les personnes LGBT peuvent certes bénéficier de certains droits offerts aux couples hétérosexuels par les services des collectivités territoriales : accès à un logement public ou droit de visite au conjoint à l’hôpital notamment. En revanche, les couples homosexuels n’étant pas officiellement reconnus par la loi nationale, ils ne bénéficient pas des avantages fiscaux garantis aux hétérosexuels ou de la législation en vigueur sur l’héritage. Sans même parler d’avoir des enfants. « La majorité des services étant assurée par l’État, les avantages du certificat restent limités », déplore Gon Matsunaka.

    Un long chemin judiciaire reste à parcourir
    Néanmoins, pour beaucoup de militants LGBT, la légalisation n’est désormais plus un rêve inaccessible. Le 17 mars dernier, la cour de justice du district de Sapporo (sur l’île de Hokkaido) a rendu un verdict historique. Elle a estimé que la non-reconnaissance du mariage entre personnes du même sexe était contraire à la Constitution, celle-ci garantissant l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Un long chemin judiciaire reste cependant à parcourir avant d’arriver à la légalisation du mariage pour tous au niveau national.

    La majorité des Japonais y est favorable. En revanche, la frange conservatrice du Parti libéral-démocrate au pouvoir défend toujours le modèle familial hétérosexuel avec l’homme au travail et la femme au foyer. Prudent, le premier ministre Fumio Kishida affirmait récemment qu’il fallait « une réflexion approfondie » sur le sujet. Une façon de gagner du temps.

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    Le mariage homosexuel en Asie

    Vietnam
    Depuis le 1er janvier 2015, la loi n’interdit plus le mariage homosexuel. Elle ne l’autorise pas explicitement non plus : les Vietnamiens font face à un vide juridique.

    Inde
    La Cour suprême indienne a décidé, en septembre 2018, de dépénaliser l’homosexualité. Elle a jugé anticonstitutionnel l’article du code pénal la prohibant.

    Taïwan
    En mai 2019, le Parlement a adopté une loi autorisant le mariage « pour tous ».

    Thaïlande
    Une loi de juillet 2020 autorise les unions entre deux personnes de même sexe. Les couples homosexuels ne jouissent cependant pas de l’ensemble des droits dont disposent les couples hétérosexuels.

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