Mardi, 28 juin 2022
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    Les évangéliques, anti-LGBT, très courtisés par les candidats à la présidentielle au Brésil

    À moins de huit mois de la présidentielle brésilienne, les principaux candidats mènent déjà une cour assidue à l’électorat protestant évangélique, qui avait pesé de tout son poids lors de l’élection de Jair Bolsonaro en 2018.

    Pour se faire réélire en octobre, le président d’extrême droite mise sur ces fidèles qui représentent environ un tiers de la population brésilienne, et dont le nombre, estimé à environ 70 millions de personnes, ne cesse de croître, en promettant de continuer à défendre les valeurs chrétiennes. «Notre gouvernement dit avec fierté qu’il croit en Dieu (…), qu’il défend la famille brésilienne», a déclaré le chef de l’Etat le mois dernier.

    Quelques mois plus tôt, Jair Bolsonaro avait tenu sa promesse de nommer à la Cour suprême un juge «terriblement évangélique», le pasteur presbytérien André Mendonça. Son principal rival, l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), donné favori des sondages, va pour sa part lancer le mois prochain un podcast conçu spécialement pour un public évangélique.

    Cette semaine, Lula a rencontré l’influent pasteur Paulo Marcelo Schallenberger pour lui demander de mettre au point une stratégie pour se rapprocher des évangéliques. Il veut surtout les rassurer sur les questions de société, pour lesquelles la gauche est plus libérale que la ligne prêchée dans les temples.

    Et l’ex-juge anticorruption Sergio Moro, le mieux placé dans les sondages après Lula et Bolsonaro, a publié une liste de «14 principes» moraux auxquels il a promis d’être fidèle, s’engageant entre autres à ne pas libéraliser l’accès à l’avortement, déjà très restreint au Brésil.

    «L’attitude des candidats montre l’importance des évangéliques pour les acteurs politiques du Brésil», explique le politologue André César, du cabinet de consultants Hold.

    Chasse gardée de Bolsonaro
    La cote de popularité du président Bolsonaro est en berne depuis plusieurs mois, notamment en raison d’une politique sanitaire jugée desastreuse par les spécialistes durant la pandémie de coronavirus et d’une mauvaise situation économique, avec une inflation galopante. Mais il continue de bénéficier du soutien d’une bonne partie des évangéliques.

    Selon un sondage publié la semaine dernière par l’institut PoderData, le président d’extrême droite est crédité de 44% des intentions de vote de ces électeurs, contre 32% pour Lula. Quand on prend en compte l’ensemble de l’électorat, le résultat s’inverse, avec 40% pour Lula et 31% pour Bolsonaro. Mais la population évangélique est loin d’être uniforme, avec des opinions parfois très divergentes d’une Eglise à l’autre, et selon le profil socio-économique des fidèles. Et les résultats d’autres sondages sont plus serrés entre Lula et Bolsonaro chez les évangéliques.

    En 2018, ils avaient été décisifs pour faire pencher la balance en faveur du candidat d’extrême droite: selon l’institut Datafolha, ce dernier a obtenu 70% des suffrages des évangéliques au second tour face à Fernando Haddad, candidat du Parti des Travailleurs (PT) de Lula.

    De confession catholique, Jair Bolsonaro, 66 ans, est marié à une évangélique et a été baptisé par un pasteur en 2016 dans les eaux du Jourdain, en Israel. Bolsonaro «partage avec les évangéliques les mêmes valeurs sur l’homosexualité, l’avortement et la famille dite traditionnelle. Ce n’est pas le candidat idéal pour eux, mais peut-être le moins pire», dit Juliano Spyer, anthropologue et auteur du l’ouvrage Le Peuple de Dieu, qui analyse le profil des évangéliques brésiliens.

    Questions de valeurs 
    Sostenes Cavalcante, député du puissant lobby évangélique au Parlement, assure que la plupart des fidèles voteront Bolsonaro en octobre. «Avec ce gouvernement, nous n’avons pas dû lutter contre des affronts à nos valeurs», a déclaré ce proche allié du président. Il dit au contraire avoir «combattu sans cesse» les projets de loi progressistes, notamment au sujet de l’avortement, sous des gouvernements de gauche.

    M. Cavalcante admet que le profil moyen des évangéliques, avec en majorité des Noirs, des femmes et des personnes issues de classes populaires, peut sembler incompatible avec certaines politiques de Jair Bolsonaro, notamment en ce qui concerne la libéralisation du port d’armes. Sans compter le fait qu’un grand nombre d’entre eux ont vu leur pouvoir d’achat plombé par la crise économique et l’inflation. Mais selon lui, «même en temps de crise, les évangéliques vont voter selon leurs valeurs».

    Rédaction avec AFP

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