Dimanche, 19 mai 2024
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    40 ans de visibilité LGBTQ+ au grand écran (1998)

    Dans le cadre du 40e de Fugues, le rédacteur en chef du magazine propose sur le site web quelques films LGBTQ+ qui ont marqué à leur façon le 7e art.  Voici quelques films de 1998…

    GODS AND MONSTERS 
    de Bill Condon (1998)

    En 1957 à Los Angeles, le réalisateur gai, vieillissant et reclus de «Frankenstein», James Whale (incarné par Ian McKellen), s’éprend de son nouveau jardinier (Brendan Fraser). Un drame intimiste sur le temps qui fuit et les souvenirs qui remontent. Le fossé générationnel, physique et culturel entre les deux hommes porte le conflit sans jamais virer au mélodrame et la musique nostalgique renforce la puissante mélancolie qui se dégage du film.


    FIRE
    de Deepa Mehta (1998)

    Sita et Radha, deux femmes indiennes, sont coincées dans des mariages sans amour. Un lien se développe entre elles deux, plus fort qu’elles ne l’avaient anticipé. Jatin vient d’épouser Sita, une jeune femme moderne et passionnée, elle croit en l’amour absolu mais son jeune mari a déjà la tête qui tourne pour une autre qu’elle. Ashok, le frère aîné de Jatin, marié depuis quinze ans à Radha, fuit le désir et les plaisirs et trouve refuge chez un gourou. Tout ce petit monde se partage le premier étage de la maison familiale sous le regard sévère de la mère des deux frères, gardienne des traditions ancestrales. Trompée et humiliée, Sita refuse le silence et bouscule le fragile équilibre familial. La révolte de Sita déteint sur Radha et les deux femmes, délaissées par leurs époux respectifs, se rapprochent progressivement et découvrent leur attirance mutuelle. Interprétée par deux grandes actrices du cinéma indépendant indien, ce film de la réalisatrice canadienne Deepa Mehta (d’origine indienne) suscita à sa sortie des incompréhensions et déclencha de violentes réactions d’intolérance en Asie.


    REVOIR JULIE 
    de Jeanne Crepeau (1998)

    Revoir Julie est le premier long métrage de Jeanne Crépeau. Une comédie douce amère dans laquelle deux amies de longue date se retrouvent. Juliet a sur son frigo une liste des choses à faire, et arrive le jour où il ne reste sur cette liste que «revoir Julie», son premier amour, qu’elle n’ pas revue depuis déjà quinze ans. Elle décide donc de partir à la rencontre de Julie qui vit tranquillement à la campagne. Malgré la facture naïve et la pruderie des gestes et regards, on s’étonne de tomber sous le charme du romantisme fleur bleue. Sans doute l’humour franchement fin du scénario concocté par la cinéaste Jeanne Crépeau est-il en partie responsable de la magie qui s’opère à l’écran.


    Alles wird gut · Film 1998 · Trailer · Kritik

    EVERYTHING WILL BE FINE (Alles Wird Gut) 
    de Angelina Maccarone (1998)

    Quelquefois, vous aimeriez que quelqu’un vous dise : » Ça va aller mieux « . Quand Nabiu est délaissée par son amante Katja, elle est décidée à se battre. Tandis qu’elle surveille sans relâche l’appartement de son ex, Nabou entre par mégarde dans l’appartement du dessous et est prise pour la femme de ménage par Kim, en apparence « straight ». Au fil des jours, les rêves romantiques de Nabou et Kim se développent dans la même méprise qu’au départ. Au-delà de la romance et des contraintes, cette histoire nous relate l’aboutissement de la quête d’amour et de bonheur de deux germano-africaines dans un univers raciste. Un film sexy et baroque. 


    FROM THE EDGE OF THE CITY 
    de Constantinos Giannaris (1998)

    La vie de jeunes immigrants est dépeinte de manière très réaliste dans From the Edge of the City, un film sombre du cinéaste Constantios Giannaris. Sasha, un jeune homme de 17 ans laissé à lui-même, se prostitue pour subvenir à ses besoins, mais se retrouve devant un choix difficile — et même potentiellement mortel — lorsqu’il tombe amoureux d’un de ses collègues de la rue, membre comme lui d’une communauté d’immigrants en provenance du Kazakhstan et vivant aux abords d’Athènes.


    BILLY’S HOLLYWOOD SCREEN KISS
    de Tommy O’Haver (1998)

    Billy, photographe, habite Los Angeles. Il a quitté l’Indiana pour une simple et bonne raison : trop de Straights dans cet état… A L.A il trouve enfin sa place, des amis homos et straights (sa meilleure amie n’a rien d’une lesbienne) et même l’inspiration. Il a le projet de réaliser une série de photographies mettant en scène les baisers de cinéma les plus célèbre de l’histoire d’Hollywood. Mais cette fois, la distribution serait exclusivement masculine. Après avoir fait le tour des drag-queens, Billy trouve enfin celui qu’il cherchait dans un café, Gabriel, un serveur au physique de Brad Pitt avec le charme en plus… et une petite amie qui s’appelle Nathalie. La réalisation originale (les souvenirs de Billy défilent sous nos yeux en prenant l’aspect de photos Polaroïd commentées par le protagoniste) et l’ambiance mixant l’univers des années 70 et l’avant-garde gaie des années 90, font de Billy’s un film frais et touchant, qui clâme très fort : il n’y a pas que les hétéros qui sont romantiques!


    FUCKING AMAL 
    de Lukas Moodysson (1998)

    Un petit film suédois avec un grand cœur sur une étudiante solitaire amoureuse d’une camarade de classe. Si on ne croit pas vraiment à l’issue proposée, il n’empêche que toutes les scènes, par les détails justes et bien vus de la vie et du comportement collectif des jeunes, donnent une fraîcheur très dynamique au film. Les jeunes acteurs sont tous excellents. On peut le rapprocher du très bon «Beautiful thing» britannique.


    HIGH ART 
    de Lisa Cholodenko (1998)

    Malgré la récente promotion qu’elle vient d’obtenir dans le prestigieux magazine de photo Frame où elle travaille, Syd reste préposée aux cafés. Elle vit confortablement et depuis longtemps avec son ami James. Une fuite au plafond de la salle de bain va l’amener à rencontrer sa voisine du dessus, l’insaisissable Lucy Berliner, célèbre photographe qui a décroché depuis dix ans et qui va lui faire découvrir un monde étrange et captivant. Le premier film de Lisa Cholodenko qui a signé par la suite The Kids are all right.


    STUDIO 54  
    de Mark Christopher  (1998)

    Fin des années 70, sur la 54ème rue de New York, surgit un lieu qui va très vite acquérir le statut de plus grande boîte de nuit de tous les temps : le Studio 54. Un soir, Shane, 19 ans, beau comme un ange, réalise son rêve et parvient enfin à pénétrer dans ce club mythique. Côtoyant les plus grandes stars, il découvre un univers unique et extravagant, où se mêlent décadence et excès. Un tourbillon étincelant et enivrant dont il ne pourra bientôt plus se passer… Dans une Amérique qui se remet difficilement de la guerre du Vietnam et du Watergate, le Studio 54 ouvre ses portes Le 22 avril 77. Le lieu est un ancien opéra, immense. Le club est géré par Steve Rubell qui en fait le palais du disco et l’endroit de toutes les libertés. Les serveurs choisis avec soin pour leur physique avantageux sont torses nus, des filles dansent seins nus, la drogue circule partout, les shows se succèdent et le Studio 54 devient très vite le lieu où il faut aller. Les stars s’y bousculent et on y croise Andy Warrol ou Patti Smith, Elton John ou Liza Minnelli, Grace Jones ou Truman Capote. L’aventure durera 4 ans… Cette nouvelle version Directors’cut qui restaure, 17 ans après, la version d’origine du réalisateur, avec des scènes totalement inédites, nous plonge au cœur de la fin des années 70 dans un monde où la liberté rime avec sexe, drogue et musique. Un monde où l’amour peut se vivre à trois mais où l’on peut sacrifier beaucoup au désir d’être célèbre. Un monde fascinant et dangereux, temple de l’hédonisme, où un jeune héros venu du fin fond des États-Unis se laisse emporter par les paillettes et le désir que suscite sa beauté. Le film de Christopher Mark restitue magnifiquement l’atmosphère de toute une époque. Il mêle habilement l’histoire personnelle de Shane, interprété par le très sexy et émouvant Ryan Philippe et l’histoire collective du studio 54.


    VELVET GOLDMINE 
    de Todd Haynes (1998)

    Le prologue trace l’histoire d’une broche vert émeraude qui semble libérer ceux qui la portent pour une vie débridée faite d’excentricité, de sexualité libérée et de travestissement. Arthur Stuart est chargé d’un papier sur la disparition dix ans plus tôt du chanteur pop Brian Slade à la suite d’un attentat. C’est un ancien fan de la star et son enquête est prétexte à une plongée dans la grande époque du glam rock, au début des années 1970. De nombreux flashbacks permettent de revivre l’épopée de la pop star, son mariage avec Mandy et sa liaison avec Curt Wild, une star de la scène rock américaine. Cette exploration depuis l’ascension de Brian grâce à d’heureuses rencontres jusqu’à sa chute, permettra finalement à Arthur d’approcher les mystères entourant la disparition de son ancienne idole. C’est aussi l’occasion pour lui de se pencher sur son passé, et de comprendre à quel point Brian Slade et Curt Wild ont bouleversé sa vie. Brian Slade, la pop star du film est largement inspirée de David Bowie et de son personnage de Ziggy Stardust qui avait déclenché une révolution aussi bien musicale que sexuelle dans l’univers très rock des seventies. Velvet Goldmine met en scène une grande palette de personnages de fiction largement inspirés de chanteurs célèbres : outre David Bowie, Iggy Pop, Lou Reed ou Bryan Ferry de Roxy Music… La bande son est à la hauteur des attentes de ces références : pop, rock et détonante !


    EDGE OF SEVENTEEN 
    de David Moreton (1998)

    Ce qui aurait pu n’être qu’une énième histoire de coming out est beaucoup plus que ça. Edge of Seventeen est un véritable bijou qui marque réellement parce qu’il sait explicitement jouer des émotions des adolescents, de l’insouciance, du réalisme érotique ainsi que de la drôlerie liée à l’apprentissage d’une différence pour être authentique. On y raconte l’éveil à la sexualité d’Eric, un adolescent de 16 ans (interprété brillamment par Chris Stafford), qui termine son secondaire et découvre l’amour sous les traits du beau Rod. Se déroulant en 1984 au cœur de l’Ohio, ce premier film, dont la bande sonore accumule les tubes new wave de l’époque, surprend par son réalisme général et la qualité de son interprétation.   


    HEAD ON 
    d’Ana Kokkinos (1998)

    Illustration très honnête du lien irréductible entre notre inconfort dans la société et notre inconfort en nous-mêmes. «Head on» est un film sans concession qui évoque quelques jours de la vie d’Ari, un jeune grec dont les parents ont émigré en Australie alors qu’il était enfant et qui est pétri de conflits entre ses racines (le poids des traditions, l’impression fade qu’il a de la vie et des idéaux de ses parents) et son homosexualité, symptôme patent de sa revendication de « n’être pas comme », de « ne pas faire comme », au même titre que son refus de travailler et de gagner de l’argent autrement qu’en jouant. Premier long métrage de la réalisatrice australienne Ana Kokkinos, Head On est adapté du roman de Christos Tsolkias, «Loaded» où le mariage est présenté comme un idéal qu’on ne peut éviter et les rencontres homosexuelles, comme de furtifs moments de jouissance qui donnent l’illusion que la vie peut être plus supportable. Mais les chutes sont dures et l’estime d’Ari pour lui-même peu solide. Ce film montre la difficulté d’aimer et d’être aimé tout en évoquant avec une crudité insoutenable combien l’ambiguïté sexuelle peut déranger et susciter de violence. 


    LOVE IS THE DEVIL
    de John Maybury (1998)

    Évocation de la tragique relation d’un des peintres les plus controverses de cette seconde moitié du XXe siecle, Francis Bacon, avec George Dyer, petit malfrat de l’East End. Alors que le monde de l’art rend hommage à Bacon au Grand Palais à Paris, Dyer, reste seul dans sa chambre d’hôtel, ingurgite un cocktail fatal. Voyage imaginaire ou coexistent jusqu’à la destruction les désirs et les souffrances de deux êtres humains. Plutôt que d’opter pour un biopic classique, John Maybury a décidé de dessiner un portrait de Francis Bacon à travers sa passion avec son jeune amant George Dyer. On sent chez le réalisateur un vrai désir de s’approprier l’oeuvre de l’artiste, de la matérialiser de façon sensorielle sur grand écran tout en la mêlant à un épisode intime. C’est donc une expérience formelle qui nous est proposée, entre beauté et kitsch, maîtrise, abstraction et académisme. LOVE IS THE DEVIL (sous-titré « Study for a Portrait of Francis Bacon ») est un film hybride, à l’atmosphère et au rythme particuliers. L’interprétation ne déçoit pas. Derek Jacobi se fond merveilleusement dans la peau d’un Bacon montré dans toute son ambivalence. Il est tour à tour fantasque, amusant, pervers, cruel… Portrait sombre et éclaté d’un homme attiré par les ténèbres, par la violence, qui ne peut s’empêcher de chercher la douleur, méprisant ceux qui finissent par trop l’aimer. Un génie pouvant apparaître sans pitié, lucide et presque cynique sur sa difficulté à accepter les aspects plus lumineux de la vie. Forcément, à ses côtés le viril mais doux et sensible George finit par se laisser vampiriser. Captivé par cet homme cultivé qui lui ouvre les portes d’un nouvel univers, il se retrouve prisonnier de son nouvel état. Daniel Craig, charnel et touchant, apporte au personnage sensualité et mélancolie. Peinture d’une passion entre amour et haine profonde, LOVE IS THE DEVIL capte la fièvre et le mal-être de deux hommes opposés plongés dans une danse vénéneuse et irrésistible.


    THE OBJECT OF MY AFFECTION
    de Nicholas Hytner (1998)

    Lors d’un dîner, George Hanson apprend d’une inconnue que son chum va le quitter. Heureusement, Nina Borowski est une fille sympathique et lui offre même la chambre libre de son appartement de Brooklyn. Alors quand son ami, un professeur d’université, admet de manière hésitante qu’effectivement leur relation est terminée, George accepte la généreuse invitation de Nina. C’est ainsi que débute l’une des amitiés les plus importantes de leur vie. Cette comédie romantique, qui s’intéresse aux liens entre l’amour, le sexe et l’amitié, va plus loin que le simple divertissement, tout en restant une comédie grand public, où la sexualité gaie n’est que suggérée et jamais montrée. Mais d’intéressantes questions y sont posées : Quel genre d’amour sous-tend une relation permanente? Dans quelle mesure cette relation dépend-elle de la passion sexuelle? Étant donné que la plupart des mariages se transforment éventuellement en des amitiés romantiques intenses, est-il possible de construire un mariage sans fondations sexuelles? L’amitié est-elle suffisante? Le film est adapté d’un roman de Stephen McCauley qui a eu beaucoup de succès à la fin des années 80, tant au sein de la communauté gaie que dans le public en général. Le réalisateur Nicholas Hytner (The Madness of King George) en a fait une adaptation sobre, trop peut-être, qui, dans les meilleurs (et les moins bons) moments, fait penser aux comédies réalisées dans les années cinquantes, mettant en vedette Doris Day et Rock Hudson. 

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