Vendredi, 24 avril 2026
• • •
    Publicité

    Une nouvelle organisation veut faire rayonner la Fierté dans toutes les communautés du Nunavut

    La Nunavut Pride Society vient de naître, avec une mission ambitieuse : unir les 25 communautés du territoire le plus vaste et le moins peuplé du Canada, afin que toutes les personnes 2SLGBTQI+ soient vues, entendues et célébrées.

    Récemment, la bibliothèque d’Iqaluit a accueilli la première rencontre de ce nouvel organisme fondé par Delaney Drachenberg, militant·e trans originaire du Manitoba installé·e au Nunavut depuis plus d’une décennie, et sa mère, Catherine Lightfoot, alliée de longue date de la communauté queer et militante pour la santé mentale des jeunes.

    Faire exister la Fierté dans les plus petites communautésÀ
    Dans une entrevue accordée au Nunatsiaq News, Drachenberg a expliqué vouloir créer un véritable mouvement de Fierté à travers tout le territoire. Leur objectif : mettre sur pied des comités dans chacun des hameaux du Nunavut afin d’organiser des défilés, des spectacles, mais aussi des activités communautaires simples comme des repas collectifs (potlucks).

    « Beaucoup de ces événements n’existent tout simplement pas à l’heure actuelle », dit Drachenberg. « Mais le but, c’est d’unir les communautés. Les petites localités méritent elles aussi d’être vues et entendues. »

    Ce projet répond à un besoin criant : offrir aux personnes queer du Nunavut des espaces où elles pourront s’affirmer librement et partager leurs histoires, sans craindre d’être isolées ou réduites au silence. Drachenberg insiste sur l’importance de briser l’isolement géographique et social : créer des occasions de rencontre et de visibilité à l’échelle locale est une façon de renforcer les liens entre des communautés souvent éloignées de plusieurs centaines de kilomètres.

    Un organisme en construction
    La Nunavut Pride Society n’en est encore qu’à ses balbutiements, mais ses fondateurs nourrissent de grands projets. La première étape consiste à s’incorporer comme organisme à but non lucratif. Ensuite viendra le temps de bâtir des partenariats, à la fois dans le territoire et avec d’autres organisations au Canada.

    Après la rencontre inaugurale à la bibliothèque d’Iqaluit, Catherine Lightfoot a partagé son enthousiasme sur LinkedIn : « Tellement heureuse de dire que la première réunion de ce qui deviendra bientôt la Nunavut Pride Society a été un grand succès. Merci à toutes celles et ceux qui sont venu·e·s partager leur expertise, leur enthousiasme et leur soutien. »

    Le prochain rendez-vous officiel aura lieu en septembre, moment où l’organisation devrait préciser sa structure et ses premières actions concrètes.

    Le parcours de deux militant·e·s
    Derrière la fondation de la Nunavut Pride Society se trouvent deux parcours intimement liés.

    Delaney Drachenberg est une jeune personne métisse qui vit à Iqaluit depuis 2013. Engagé·e dès l’enfance dans des causes sociales, iel a multiplié les initiatives communautaires, allant du bénévolat à l’organisation de collectes de fonds. À seulement 15 ans, son courage à vivre pleinement son identité de genre a inspiré sa mère et ouvert de nouvelles voies militantes.

    En 2017, Drachenberg a joué un rôle actif dans la modification de la Loi sur les droits de la personne du Nunavut, qui reconnaît désormais l’expression et l’identité de genre comme des droits protégés. Depuis, iel a également participé à des consultations fédérales sur les enjeux touchant les jeunes trans et non binaires.

    Sa mère, Catherine Lightfoot, a pour sa part accompagné et soutenu ce parcours. « Le courage de Delaney à vivre authentiquement son identité dès l’âge de 15 ans a ouvert une porte pour moi aussi », écrit-elle dans sa biographie LinkedIn. Elle a milité auprès du gouvernement du Nunavut pour obtenir la réforme de 2017, et était présente à l’Assemblée lors de l’adoption de la loi. Employée de la RBC à Iqaluit, elle a reçu le Global Citizen Award de son employeur en reconnaissance de son engagement.

    Être queer au Nunavut
    La création de la Nunavut Pride Society s’inscrit dans une réalité particulière. Le territoire couvre plus d’un million de kilomètres carrés — près d’un cinquième du Canada — mais compte à peine 33 000 habitant·e·s. L’éloignement géographique, le coût de la vie élevé et le manque d’infrastructures renforcent le sentiment d’isolement, particulièrement pour les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre.

    Selon Statistique Canada, le recensement de 2021 a recensé 75 couples de même sexe et 20 couples trans ou non binaires dans l’ensemble du Nunavut. Les plus grandes communautés, comme Iqaluit et Rankin Inlet, accueillent déjà des parades et festivités de la Fierté, mais la majorité des localités n’ont encore jamais organisé d’événement de ce type.

    Depuis 2019, l’organisme Positive Space Nunavut offre déjà des ressources éducatives dans les écoles et organise des initiatives inclusives à Iqaluit. Mais la Nunavut Pride Society veut aller plus loin : elle entend décentraliser la Fierté et l’amener jusque dans les villages les plus reculés.

    Une ambition à la hauteur du territoire
    Avec leur projet, Drachenberg et Lightfoot veulent transformer la Fierté en un mouvement territorial et non seulement urbain. Leur vision dépasse la simple organisation d’événements festifs : il s’agit de bâtir un réseau d’espaces sécuritaires, de créer des occasions pour raconter et entendre les histoires queer du Nord, et de rappeler que la diversité existe partout, même dans les régions les plus isolées.

    Pour Drachenberg, l’enjeu est clair : « Les petites communautés méritent elles aussi de se sentir vues, reconnues et célébrées. »

    Abonnez-vous à notre INFOLETTRE!

    Du même auteur

    SUR LE MÊME SUJET

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici

    Publicité

    Actualités

    Les plus consultés cette semaine

    Publicité