Dimanche, 26 avril 2026
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    Les commanditaires de l’assassinat de Marielle Franco condamnés au Brésil 

    Huit ans après l’assassinat qui avait bouleversé le Brésil et suscité une vague d’indignation internationale, la justice a finalement condamné les commanditaires du meurtre de Marielle Franco, conseillère municipale noire, féministe et militante LGBTQ+ de Rio de Janeiro. La Cour suprême brésilienne a reconnu coupables deux hommes politiques accusés d’avoir ordonné l’exécution de l’élue, dans une affaire devenue emblématique de la violence politique, du racisme et de l’influence des milices dans le pays.

    Le 14 mars 2018, Marielle Franco, alors âgée de 38 ans, était abattue en plein centre de Rio de Janeiro. Sa voiture avait été criblée de balles alors qu’elle rentrait d’un événement public. Son chauffeur, Anderson Gomes, avait également été tué dans l’attaque, tandis qu’une attachée de presse avait survécu. L’assassinat, exécuté avec une précision quasi militaire, avait immédiatement fait naître des soupçons d’implication du crime organisé et de réseaux politico-criminels.

    Figure montante de la gauche brésilienne et élue du Parti socialisme et liberté (PSOL), Marielle Franco était issue du complexe de favelas de la Maré, l’un des quartiers les plus pauvres et violents de Rio. Ouvertement bisexuelle, elle était devenue une voix influente pour les droits des habitants des quartiers marginalisés, dénonçant la brutalité policière, les violences contre les femmes et la discrimination visant les personnes noires et LGBTQ+.

    Les exécutants condamnés, puis les commanditaires
    Après plusieurs années d’enquête et de rebondissements, un jury populaire avait condamné fin 2024 deux anciens policiers militaires de Rio pour l’exécution du crime. Les deux hommes avaient été reconnus coupables d’avoir organisé et mené l’attaque armée contre la voiture de l’élue. Restait toutefois la question centrale : qui avait ordonné le meurtre ?

    Au terme d’un procès très attendu, la Cour suprême du Brésil a condamné, le 25 février, deux figures politiques de l’État de Rio de Janeiro : Chiquinho Brazão, ancien député fédéral de 62 ans, et son frère Domingos Brazão, 60 ans, ancien conseiller de l’État de Rio. Les deux hommes ont été condamnés à 76 ans de prison pour avoir commandité l’assassinat.

    L’enquête a mis en lumière les liens étroits entre certains responsables politiques et les milices paramilitaires qui contrôlent de vastes territoires de la métropole carioca.

    L’influence tentaculaire des milices
    Selon les juges, Marielle Franco était devenue une cible parce qu’elle s’opposait activement à l’expansion de ces groupes criminels dans les quartiers populaires. Au conseil municipal, l’élue dénonçait notamment les lotissements clandestins et les constructions illégales, une activité extrêmement lucrative pour les milices. « Les frères Brazão n’avaient pas seulement des contacts avec la milice. Ils étaient la milice », a déclaré le juge Alexandre de Moraes lors du verdict.

    Ces organisations criminelles sont apparues à Rio il y a une quarantaine d’années. Créées à l’origine par d’anciens policiers et militaires qui prétendaient protéger les quartiers contre les trafiquants de drogue, elles se sont progressivement transformées en puissants réseaux mafieux. Aujourd’hui, les milices contrôlent des territoires entiers, imposant aux habitants des systèmes d’extorsion et tirant profit de multiples activités illégales : transport clandestin, services de sécurité privés, accès à l’électricité ou à Internet, et surtout accaparement de terrains publics pour y construire des logements ou commerces illégaux.

    L’affaire Franco a ainsi révélé l’ampleur des relations entre ces groupes et certains secteurs de la classe politique locale.

    Un crime politique marqué par le racisme et la misogynie
    Dans sa décision, la Cour suprême a également souligné que l’assassinat avait une dimension politique et symbolique. Les juges ont évoqué le racisme et la misogynie ayant motivé l’attaque.

    Selon Alexandre de Moraes, le meurtre visait à « envoyer un message » à toute la classe politique de Rio. « Une femme pauvre, une femme noire qui a osé s’opposer aux intérêts de miliciens, d’hommes et de blancs », a résumé le magistrat.

    Pour de nombreux observateurs, l’assassinat de Marielle Franco représente l’un des exemples les plus frappants de violence politique ciblant les femmes, les personnes noires et les minorités sexuelles en Amérique latine.

    Un verdict salué comme historique
    À l’annonce du verdict, la sœur de la victime, Anielle Franco, aujourd’hui ministre de l’Égalité raciale dans le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva, a rappelé la portée de la décision judiciaire.

    « La violence politique fondée sur le genre et la race, qui existe dans ce pays, doit cesser », a-t-elle déclaré.

    Pour les organisations de défense des droits humains, cette condamnation marque un tournant. Jurema Werneck, directrice d’Amnesty International au Brésil, a qualifié la décision de « verdict historique ».

    « Le Brésil a maintenant l’occasion de rompre avec le cycle d’impunité qui a longtemps été la norme dans ce type de crimes », a-t-elle affirmé.

    Une figure devenue symbole
    Depuis sa mort, Marielle Franco est devenue un symbole international de la lutte contre le racisme, l’autoritarisme et les violences politiques. Son visage est apparu sur des murales, des pancartes et des manifestations à travers le monde.

    Chaque année, le 14 mars, des milliers de personnes se rassemblent au Brésil pour réclamer justice et rappeler l’héritage de celle qui défendait les droits des populations marginalisées.

    Huit ans après l’assassinat, la condamnation de ses commanditaires représente un moment important pour les proches de Marielle Franco — et pour un pays encore marqué par les violences politiques et l’influence du crime organisé. Pour beaucoup, toutefois, le combat qu’elle menait demeure plus actuel que jamais.

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