Mercredi, 22 juillet 2026
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    Prendre sa place et briller ensemble

    Chaque été, le Village change de visage. Les voitures disparaissent, les terrasses s’étendent, les drapeaux arc-en-ciel envahissent la rue Sainte-Catherine. Cette année, ce décor devenu familier prend une signification toute particulière. Le Village célèbre les 20 ans de sa piétonnisation estivale, une initiative de la SDC du Village qui a profondément transformé ce quartier emblématique de Montréal. De son côté, Fierté Montréal célèbre sa 20e édition. Deux anniversaires qui racontent, au fond, une même histoire : celle d’une communauté qui, depuis près d’un demi-siècle, a appris à prendre sa place.

    On réduit souvent la Fierté à son Défilé, à ses grands spectacles ou à son ambiance festive. Pourtant, si elle rassemble chaque année des centaines de milliers de personnes, c’est parce qu’elle représente beaucoup plus qu’un simple rendez-vous estival. Dans un contexte marqué par la montée des mouvements réactionnaires et la multiplication des attaques contre les droits des personnes LGBTQ+, particulièrement les personnes trans et non binaires, la visibilité demeure un geste profondément politique. La Fierté n’est jamais uniquement une célébration de nos victoires ; elle est aussi une réponse collective à celles et ceux qui voudraient nous rendre invisibles.

    L’histoire de la Fierté montréalaise ne commence pas avec Fierté Montréal, elle débute en 1979, lorsque John Banks et quelques militantes et militants organisent la première marche de la Fierté. Personne ne savait si cette première marche aurait une suite. Elle en a pourtant eu une. Durant les années 1980, la Fierté se poursuit grâce à une multitude d’initiatives communautaires, culturelles et commerciales. En 1993, Divers/Cité lui donne un nouvel élan. Pendant 14 ans, l’organisme contribue à faire de Montréal l’une des grandes destinations LGBTQ+ d’Amérique du Nord. En 2007, Fierté Montréal prend le relais et poursuit cette histoire en l’adaptant à une communauté qui continue d’évoluer. Aujourd’hui, l’engagement prend de nouvelles formes, mais son objectif demeure le même : occuper pleinement l’espace public. Le thème de cette 20e édition, « Briller ensemble », résume bien cet esprit. À une époque où les discours haineux prolifèrent sur les réseaux sociaux, comme dans certaines tribunes politiques, choisir d’être soi-même, ouvertement et sans compromis, devient un acte de résistance. Les revendications ont également évolué. Aux combats historiques pour l’égalité juridique s’ajoutent aujourd’hui des enjeux liés à la santé mentale, à l’accès aux soins, à la sécurité dans les milieux de travail, à l’inclusion des personnes trans et non binaires et à la reconnaissance des multiples réalités qui composent nos communautés.

    L’urgence est bien réelle. Partout dans le monde, des centaines de projets de loi ciblent directement les personnes LGBTQ+, particulièrement les jeunes trans. Dans ce contexte, les défilés, les rassemblements et les célébrations prennent une dimension nouvelle : ils rappellent que la visibilité demeure l’un de nos plus puissants outils de mobilisation. Les enjeux changent. Les réalités évoluent. Les débats aussi. Et c’est tant mieux. Une communauté qui débat est une communauté vivante. J’ai eu le privilège de raconter une grande partie de cette histoire comme journaliste. J’ai vu des festivals grandir, des organismes naître, des commerces ouvrir leurs portes, des artistes révéler leur talent et des bénévoles consacrer des semaines de leur temps à préparer quelques jours de célébration. J’ai surtout vu des générations se succéder sans rompre le fil qui les relie.

    Avec les années, j’ai compris qu’un événement comme Fierté Montréal ne se résume jamais à sa programmation, aussi impressionnante soit-elle. Derrière chaque spectacle, chaque conférence, chaque kiosque, chaque exposition, chaque activité familiale ou chaque char allégorique se trouvent des centaines de personnes qui travaillent souvent dans l’ombre. On applaudit les artistes — avec raison. Et on devrait applaudir aussi les centaines de bénévoles et d’employé.e.s qui accueillent les visiteurs et visiteuses, montent les installations, règlent les imprévus, assurent la logistique, orientent le public et permettent à cette immense organisation de fonctionner. Toutes ces personnes donnent leur temps avec une générosité extraordinaire, simplement parce qu’elles croient en ce que représente la Fierté.
    Il en va de même pour toutes les équipes qui se sont succédé depuis près de 50 ans : les pionnières et les pionniers des premières marches, les organismes communautaires, les commerçant.e.s qui ont contribué à bâtir le Village, la SDC du Village qui célèbre cette année 20 ans d’une piétonnisation devenue l’une des signatures de Montréal, les équipes de Divers/Cité, puis celles de Fierté Montréal. Toutes ont reçu un héritage. Toutes l’ont enrichi avant de le transmettre à la génération suivante.
    Lorsque je participe chaque année au Défilé, je regarde bien sûr les chars allégoriques, les milliers de drapeaux qui flottent au-dessus du boulevard René-Lévesque et les artistes qui défilent. Mais je regarde surtout les gens. Les personnes qui ont connu les descentes policières. Celles qui ont traversé les années sida. Les jeunes qui vivent leur première Fierté. Les familles qui applaudissent sur les trottoirs. Les bénévoles qui courent d’un bout à l’autre du parcours pour que tout se déroule sans accroc.

    Et je me dis que le plus beau spectacle, c’est celui de cette communauté qui continue, année après année, à créer un espace où chacune et chacun peut respirer un peu plus librement. Célébrons les 20 ans de Fierté Montréal. Célébrons aussi les 20 ans de la piétonnisation du Village. Et profitons surtout de cet anniversaire pour remercier toutes les personnes qui, depuis 1979, ont rendu cette histoire possible : les militantes et militants des premières heures, les bénévoles, les organismes communautaires, les commerçant.e.s, les artistes, les partenaires, les médias et toutes les équipes qui ont porté la Fierté à bout de bras. Car la Fierté n’a jamais été qu’une fête. Elle est un espace où une communauté se reconnaît, célèbre ses victoires, revendique ses droits, transmet sa mémoire et rappelle à l’ensemble de la société qu’aucune liberté n’est véritable tant qu’elle n’est pas partagée par toutes et tous. Au fond, c’est peut-être cela que nous célébrons vraiment, chaque été : notre droit de prendre pleinement notre place.6

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