Mardi, 15 septembre 2026
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    Michel Beaulac tire sa révérence après près de quatre décennies à l’Opéra de Montréal

    Avec Turandot, Michel Beaulac signe cet automne son dernier grand rendez-vous comme directeur artistique de l’Opéra de Montréal. Son départ à la retraite vient clore une aventure amorcée en 1989 et un mandat qui aura contribué à transformer profondément l’identité de la compagnie, notamment en accordant une place importante à la création québécoise et canadienne, aux œuvres contemporaines et à des récits parfois résolument queer.

    Lorsqu’il entre à l’Opéra de Montréal en 1989, Michel Beaulac fait d’abord partie de l’équipe des communications. Au fil des années, il y occupera plusieurs fonctions — scénographe, concepteur et administrateur artistique — avant d’en devenir le quatrième directeur artistique en 2007. 

    Près de 20 ans plus tard, son empreinte sur la compagnie est considérable. Sous sa direction, les grands classiques du répertoire ont continué d’occuper la scène, mais aux côtés de créations contemporaines et d’œuvres faisant entendre des voix québécoises et canadiennes. Une façon, selon l’expression employée par l’Opéra de Montréal, de « montréaliser » l’opéra.

    Pour le public de Fugues, difficile de ne pas penser notamment aux Feluettes, l’une des créations marquantes de cette période.

    Des Feluettes à La Reine-garçon

    Créé à l’Opéra de Montréal, Les Feluettes occupe une place particulière dans ce legs. Adaptée de la célèbre pièce de Michel Marc Bouchard, l’œuvre plonge dans l’histoire d’amour tragique de Simon et Vallier, deux jeunes hommes dans le Québec du début du XXe siècle. Son arrivée sur une grande scène lyrique constituait aussi un geste significatif : une histoire d’amour entre hommes, issue d’une œuvre majeure de la dramaturgie québécoise queer, entrait pleinement dans le répertoire de l’opéra canadien.

    Le mandat de Beaulac aura également été marqué par des productions comme Another Brick in the Wall – L’opéraLa Beauté du mondeLa Reine-garçon et Clown(s), que la compagnie considère aujourd’hui parmi les créations emblématiques ayant façonné sa signature artistique. 

    Cette volonté de faire de l’opéra autre chose qu’un musée des grands classiques semble d’ailleurs résumer une bonne partie de sa philosophie.

    « J’ai toujours souhaité que l’Opéra de Montréal reflète la personnalité de sa ville, de ses artistes et de sa culture. Que la compagnie poursuive cette démarche créatrice, qu’elle continue à faire rayonner les talents d’ici et qu’elle en fasse une source de fierté, c’est l’héritage que je souhaite laisser », affirme Michel Beaulac

    Le directeur général de l’Opéra de Montréal, Jean-Pierre Primiani, parle pour sa part d’un «héritage immense», celui d’une institution «qui ose, qui crée et qui assume pleinement son identité montréalaise, québécoise et canadienne». Il souligne également la rigueur artistique de Beaulac, sa connaissance de la voix et sa contribution au rayonnement international de la compagnie. 

    Une dernière Turandot

    Pour conclure ce long chapitre, Michel Beaulac revient paradoxalement à l’un des monuments du répertoire : Turandot de Puccini. Mais là encore, l’Opéra de Montréal ne propose pas simplement une reprise conventionnelle de l’œuvre.

    La production transpose l’action au XXe siècle et propose une nouvelle conclusion commandée au compositeur sino-américain Christopher Tin. Une manière de revisiter un classique à partir d’une sensibilité contemporaine et de créer un dialogue entre héritage et renouvellement — une approche qui correspond précisément à celle défendue par Beaulac durant son mandat. 

    Son travail lui a valu plusieurs reconnaissances au cours des dernières années. Michel Beaulac a été intronisé à l’Ordre du Canada en 2022 pour sa contribution au développement de l’opéra à Montréal et au pays, avant de recevoir le prix Rubis d’Opera Canada en 2024. 

    Au-delà des productions elles-mêmes, son passage aura aussi été marqué par une volonté soutenue de développer les artistes d’ici. Au cours de sa carrière à la compagnie, il aura notamment présenté 19 éditions du Gala de l’Opéra de Montréal, auxquelles ont participé plus de 300 chanteurs. 

    Après 37 années au sein de l’institution, dont près de deux décennies à sa direction artistique, Michel Beaulac quittera donc une maison sensiblement différente de celle qu’il avait intégrée à la fin des années 1980 : davantage tournée vers la création d’ici et vers des histoires capables de refléter les transformations de Montréal et de la société québécoise.

    Turandot sera présentée cet automne à l’Opéra de Montréal. La représentation du 4 octobre marquera officiellement le dernier moment de Michel Beaulac à titre de directeur artistique de la compagnie.

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