Après onze années à la direction générale d’Interligne, Pascal Vaillancourt quittera ses fonctions le 18 septembre prochain. Derrière cette annonce se dessine le bilan d’une décennie particulièrement importante pour l’organisme : changement d’identité, élargissement de la mission, développement des services et des partenariats, professionnalisation de l’organisation et présence accrue auprès des différentes composantes des communautés LGBTQ+. De Gai Écoute à Interligne, Pascal Vaillancourt aura accompagné — et largement contribué à façonner — une transformation qui reflète aussi celle des communautés québécoises.
Lorsqu’il arrive à la direction générale de Gai Écoute en 2015, Pascal Vaillancourt prend les commandes d’une véritable institution communautaire. Créé en 1980, l’organisme possède déjà 35 années d’histoire et constitue depuis longtemps une ressource incontournable pour les personnes gaies et lesbiennes du Québec.
De Gai Écoute à Interligne
Mais les communautés changent. Les mots pour se définir évoluent, les réalités se diversifient et les besoins aussi. Pour un organisme dont la raison d’être est précisément d’écouter les communautés, il devient nécessaire d’évoluer avec elles.
C’est probablement là que se trouve l’une des contributions les plus importantes de Pascal Vaillancourt : avoir compris qu’il fallait transformer l’organisation tout en préservant ce qui faisait sa force depuis ses débuts — l’écoute, la proximité et la capacité d’offrir un espace sécuritaire aux personnes qui en ont besoin.
Cette transformation prendra une forme particulièrement symbolique lorsque Gai Écoute deviendra Interligne. Ce changement de nom est beaucoup plus qu’une opération d’image. Il marque la volonté de l’organisme d’accueillir plus explicitement l’ensemble des personnes concernées par la diversité sexuelle et la pluralité des genres.
Sous la direction de Pascal Vaillancourt, l’organisation entreprend ainsi une importante modernisation de ses pratiques et de son identité. L’objectif : demeurer fidèle à son histoire tout en répondant à des communautés LGBTQ+ devenues beaucoup plus visibles dans toute leur diversité.
Onze ans plus tard, Interligne est devenu un organisme dont le rayon d’action dépasse largement celui de la ligne téléphonique à laquelle plusieurs générations de personnes LGBTQ+ ont associé Gai Écoute.
Son service d’aide et de renseignements est aujourd’hui accessible par téléphone, texto et clavardage, tandis que l’organisme mène également des activités de sensibilisation, d’accompagnement et de prévention. Il intervient notamment auprès des jeunes et des milieux scolaires et développe des outils destinés à favoriser des environnements plus inclusifs.
« Lorsque je suis arrivé à Interligne, plusieurs chantiers importants nous attendaient. Ensemble, nous avons modernisé l’organisation, développé ses capacités philanthropiques, élargi son réseau de partenaires et renforcé sa présence comme ressource de première ligne pour les personnes LGBTQ+ », rappelle Pascal Vaillancourt.
Il prend cependant soin de présenter cette réussite comme une œuvre collective. « Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’engagement extraordinaire de notre équipe : le personnel, les bénévoles, nos partenaires de tous les milieux et les personnes alliées. »
Onze années de transformations
Le parcours de Pascal Vaillancourt lui-même n’est pas celui d’un gestionnaire issu d’un seul univers professionnel. Avant son arrivée à Interligne, il a notamment travaillé en enseignement en adaptation scolaire au secondaire, en gestion pour le Programme des cadets du Canada au ministère de la Défense nationale et comme entrepreneur.
Ce bagage diversifié aura certainement trouvé son utilité à la tête d’un organisme qui, au cours de ces onze années, aura dû constamment s’adapter. Car la transformation d’Interligne ne s’est pas déroulée dans un contexte tranquille.
Il y a eu les défis récurrents du financement communautaire, la nécessité de développer de nouvelles sources de revenus, la transformation des façons d’offrir des services, puis la pandémie, qui a rappelé de manière particulièrement brutale l’importance des ressources d’écoute et de soutien.
À travers ces périodes parfois difficiles, Pascal Vaillancourt aura contribué à donner à Interligne une structure plus solide, une capacité philanthropique accrue et un réseau de partenaires plus vaste. Son legs est donc autant visible dans les services offerts que dans la capacité de l’organisme à poursuivre sa mission et à s’adapter. Et les besoins, eux, n’ont jamais disparu.
Au moment de passer le flambeau, il laisse une organisation transformée. Et peut-être surtout une organisation prête à poursuivre cette transformation sans lui. Après onze ans à la barre, c’est un legs dont il peut certainement être fier.
Pascal Vaillancourt profite de son départ pour lancer un message : défendre les communautés LGBTQ+ signifie aussi donner aux organismes qui les soutiennent les moyens d’accomplir leur travail.
« Le maintien de ces services repose sur un engagement collectif, mais aussi sur un financement public stable et prévisible. Soutenir les organismes qui œuvrent auprès des communautés LGBTQ+ est un choix de société qui contribue à la santé, à la sécurité et au mieux-être de milliers de personnes », insiste-t-il.
Ce plaidoyer en faveur d’un financement stable prend une signification particulière au terme de son mandat. Une part moins visible du travail effectué au cours de ses onze années à la direction aura justement consisté à consolider l’organisation, à développer ses capacités philanthropiques et à multiplier les partenariats nécessaires à sa croissance.
« Une institution plus forte, plus inclusive »
Le conseil d’administration d’Interligne ne cache pas l’importance de la contribution de pascal Vaillancourt. « Au nom du conseil d’administration, je remercie chaleureusement Pascal pour son leadership, sa vision et son dévouement envers la mission d’Interligne. Son passage à la direction générale aura profondément marqué l’organisation et contribué à bâtir une institution plus forte, plus inclusive et mieux outillée pour répondre aux besoins des communautés », affirme son président, Antoine Beaudoin Gentes.
Le processus de recrutement de la prochaine direction générale est déjà amorcé. Les activités et les services d’Interligne se poursuivront normalement pendant cette période de transition.
La personne qui succédera à Pascal Vaillancourt prendra les commandes d’un organisme plus développé, doté de fondations solides, mais elle héritera aussi de défis : la croissance des besoins, la santé mentale, l’isolement, les violences vécues par les personnes LGBTQ+, la transphobie et l’homophobie demeurent des réalités bien présentes. À cela s’ajoutent la polarisation politique et sociale et l’éternel défi du financement du milieu communautaire.

